A propos des peintures

Pour de nombreux praticiens, il semble de plus en plus évident que la peinture est atemporelle. Qu’elle n’appartient à aucune époque en particulier, et donc qu’elle ne peut pas devenir désuète. De fait, il y aura toujours des murs et des peintres pour désirer y poser leurs œuvres. Toute la question est de savoir comment remplir la surface de la toile.

Si la peinture a laissé progressivement plus de place, ces cent dernières années, à d’autres formes d’expression telles que l’installation ou la performance, c’est (à mon sens) pour deux raisons principales.

La première est que la peinture arrivait au bout d’une route, celle de la recherche de la vérité en peinture, où le sujet abordé était la peinture elle-même ; à travers l’impressionnisme, le cubisme, le surréalisme et l’expressionisme, puis l’abstraction et le minimalisme, c’est toute une recherche nécessaire qui s’exprimait, et toute une voie de la peinture qui se fermait pendant ce temps là : celle de la place que l’on donnait au sujet.

La seconde raison de l’effacement progressif de la peinture du devant de la scène internationale est la nécessité pour les artistes en quête de vérité d’abandonner la peinture au profit d’autres moyens plastiques, tels que l’installation ou la performance. Cette transition est bien entendu marquée par l’arrivée de Marcel Duchamp et de son ready made. Dès lors les peintres n’ont plus d’autre choix que de se recycler ou d’affirmer une identité forte, comme Francis Bacon, Jean-Michel Basquiat ou Lucian Freud, capables de résister au nouvel académisme marqué par la recherche de formes d’art toujours plus contemporaines.

Si le marché de l’art a en toute logique accompagné cette évolution bien naturelle, les artistes se sentant avant tout peintres s’en sont trouvés très embarrassés. N’appartenant pas, dans leur for intérieur, à la pointe de cette recherche, beaucoup ont poursuivi leur chemin loin des grandes galeries et des lumières des projecteurs, afin de creuser une nouvelle voie, légitime, dans l’histoire de l’art.

C’est dans cet état d’esprit que mes recherches personnelles m’ont mené à regarder plus attentivement le travail effectué tout au long de l’histoire de l’art, des cavernes aux temples égyptiens, des manuscrits médiévaux aux oeuvre de Jérôme Bosch, et jusqu’à nos jours aux propos de Gérard Garouste et de Bernard Blistène sur les mécanismes d’appropriation et l’importance du sujet en peinture.

Dans ces entrelacements d’images j’ai découvert une volonté de développer un nouveau langage pictural, plus proche des spectateurs, avec un réel désir de la part des artistes de donner du sens et de faire réfléchir en séduisant l’œil par une forme de beauté que je voyais comme neuve mais qui en réalité avait toujours été là, sous mes yeux. Et naturellement, je me suis tout de suite mis à suivre cette voie passionnante, émancipé d’une quelconque recherche métaphysique de vérité, décomplexé quant aux formes que mon travail pourrait prendre, au sein d’une peinture pour moi retrouvée par mon désir de transmettre et de raconter au spectateur de belles et étranges histoires.

J’ai dans cet esprit commencé à élaborer mon propre langage autour des œuvres de Platon, auteur qui, lors de mes études de philosophie, m’a toujours enthousiasmé par sa capacité à stimuler mon imagination en sortant les idées de leur essence abstraite pour les développer à partir d’exemples pratiques de la vie quotidienne. Les allégories et les images citées ne sont jamais innocentes, toujours très fines, et plus que la morale socratique ou platonicienne, c’est cet esprit métaphorique qui en fait pour moi un terrain de jeu très stimulant pour entrainer le spectateur vers une rationalité que je défends volontiers, sans la priver d’une poésie dont on la dispense parfois injustement.