A propos des peintures

« Socrate », huile et acrylique sur toile, 81x65cm, Philippe Pujo, 2017.

     Au cours de ces derniers mois, ma peinture a significativement évolué.

    Depuis quinze ans maintenant mon parcours de peintre a été un cheminement de pensée et de travail pratique, une exploration intellectuelle autant qu’une expérience sensible. Sans relâche, j’ai tenté de faire mon chemin parmi mes maîtres pour trouver ma propre voie.

    Ma seule contrainte a toujours été celle de la toile, pour la simple raison que je trouve sa surface bien suffisante pour accueillir le fruit de mes activités.

   Dans cet espace, j’ai donc fait l’examen de ce qu’il m’importait de dire, sans autre contrainte. J’ai cherché à raconter la vérité de la peinture, à comprendre la représentation, la figuration narrative autant que l’abstraction, et tous les fragments qui ont composé son histoire jusqu’à aujourd’hui.

   J’ai été au bout de chacune des batailles que j’ai voulu mener dans ce sens, parfois avec difficulté et dans l’inconfort de l’exercice qui consiste à se renouveler sans cesse.

   Naturellement, la découverte est surtout venue par une prise de conscience. Par la somme des travaux que j’avais engagés et l’expérience que j’en ai retirée. Et j’ai ainsi trouvé ce qu’il me fallait peindre.

« Sans titre », huile et acrylique sur toile, 81x65cm, Philippe Pujo, 2017.

   Le problème de la peinture de ces cinquante dernières années, c’est qu’elle est à bout de souffle. Elle n’est plus détentrice de l’expansion de la pensée artistique au sein des sociétés. Elle en serait même, pour certains, l’ancêtre trop essoufflé face aux performances ou à l’installation. Elle nous a tout donné, au fil des millénaires ; de la représentation première aux différentes strates de la peinture en tant que philosophie de l’art, exploratrice du réel et du sensible. Cézanne, Picasso, Pollock ont consumé la peinture par l’exploration du conscient et de l’inconscient, de la réalité et du rêve. Si bien qu’à partir de Jackson Pollock, la peinture s’est effondrée sur elle même, ne laissant transparaître que des artistes puissants condamnés à conserver un mode de production et une image forte sous peine de ne plus exister. Et les peintres furent prisonniers du style, condamnés à ne plus avancer dans la recherche de la vérité, et donc dans une impasse.

   Pourtant, les foyers n’ont pas cessé d’exister. Et tant qu’il y aura des murs, les gens y accrocheront des images, belles, sensibles et intelligentes (ou pas). Des enfants grandiront devant ces murs. Aussi la peinture n’est-elle pas morte. De cela, depuis mes premiers coups de pinceaux, je suis convaincu. Mais, comme beaucoup, ma préoccupation principale était la direction à prendre pour continuer à exercer la peinture sans avoir l’impression de ne rien lui apporter. Malgré mes efforts, je poursuivais, complexé, la route du style, d’une pureté mythologique et inaccessible, un combat aporétique, parce que cela, la peinture nous l’avait déjà donné dans son entièreté.

   Ce qui s’est mis en place pour moi, au cours des derniers mois, par étapes, par prises de conscience, c’est que la peinture, loin d’être perdue par son manque de perspective, est désormais émancipée de ces questions théoriques. Elle n’est plus prisonnière du style, elle en est libérée ! Et nous pouvons la considérer désormais en tant qu’outil. C’est là ce qui est déterminant : regarder la peinture non pas en tant que fin, mais en tant que moyen pour tendre vers cette fin. Débarrassés du savoir « comment dire », il ne nous reste plus qu’à savoir quoi dire.

   Loin de me soucier du style, dont je suis libéré, je peux donc enfin faire mon travail de peintre, qui est de saisir le spectateur. De lui raconter des choses. Ce que j’ai fait, bien-sûr, comme à chaque fois, avec ardeur. J’ai commencé à élaborer un nouveau langage à partir de ce que je savais faire et ce qu’il me fallait désormais dire. Ce sont les premiers jalons de ce nouveau langage que vous avez sous les yeux.

paint-9